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introduction

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Introduction (continuation)


La principale raison de cette mise en relation de la science politique et de la sociologie n'est à chercher ni dans une interdisciplinarité bien pensante, ni dans un souci de sophistication théorique : elle est inscrite dans les réalités guerrières et militaires. On ne peut comprendre une guerre, une intervention humanitaire, le dilemme de la sécurité ou la diplomatie coercitive sans s'interroger sur les logiques propres aux organisations militaires, sur les compétences des personnels, l'influence des généraux, la qualité des systèmes d'armes ou l'efficacité de la logistique. Inversement, on ne peut étudier durablement la société militaire, sans que surgissent la question des missions, les nouvelles formes de conflits, la transformation des menaces. Pour reprendre la formule qui faisait sourire le colonel Bramble, ceux qui s'intéressent à la société militaire ne peuvent ignorer longtemps que « la vie du soldat est une vie très dure, parfois mêlée de réels dangers » (André Maurois, Les silences du colonel Bramble. Suivi des Discours et Nouveaux discours du Docteur O'Grady, (Vre éd. 1921, 1922, 1950), Paris, Le livre de poche, 1962, p. 31.)

 
 

 


Afin de saisir l'autonomie relative des réalités guerrières et militaires, de comprendre leur originalité, d'apprendre d'elles des choses nouvelles sur les sociétés politiques contemporaines, le pari du présent ouvrage est de tenir les deux bouts de la chaîne. Il s'agit de présenter à la fois la sociologie des armées — recrutement et formation des personnels militaires, organisation, notamment — et la sociologie de la guerre et de la paix, celle des emplois de la force armée et de la sortie des logiques conflictuelles. Ce thème est classique dans toute une tradition sociologique.

 

Max Weber notamment, mais également en Allemagne Otto Hintze, avait souligné à maintes reprises l'importance combinée des structures économiques et militaires. À ses yeux, que l'organisation militaire soit fondée sur le principe de l'auto-équipement ou sur celui de l'équipement procuré par un seigneur de la guerre qui fournit chevaux, armes et ravitaillement est une différence tout aussi fondamentale pour l'histoire sociale que celle qui concerne la propriété des moyens de production (Max Weber, General Economie History (1re éd. 1923), (trad. Frank H. Knight), New Brunswick, N.J., Transaction Books, 1982, p. 320 ; Max Weber, Histoire économique. Esquisse d'une histoire universelle de l'économie et de la société (trad. Christian Bouchindhomme), Paris, Gallimard, 1991, p. 339. Voir également, Otto Hintze, «Système politique et système militaire» (1re éd. 1906), dans Otto Hintze, Féodalité, capitalisme et État moderne, Paris, Éditions de la MSH, 1991.) En France, à quelques notables exceptions près, les spécialistes de sciences sociales n'ont pas accordé une attention suffisante à la chose militaire. Ils n'ont guère estimé que la guerre et l'armée étaient des institutions aussi essentielles que la famille, l'école, l'entreprise, l'Etat, la religion ou la science, qui ont d'ailleurs été influencées par les phénomènes guerriers. Ce domaine considérable de l'action sociale et politique a eu tendance à disparaître des objets d'étude légitimes. Le faible nombre de recherches de science sociale consacrées en France à la chose militaire a également contribué à couper les ponts avec le marché international de la connaissance. Évoquer les sociétés du début du XXIe siècle sans reconnaître les conséquences de la guerre, de la paix et des organisations militaires, c'est pourtant se contenter d'un portrait tronqué.

«On pourrait renouveler quelque peu l'étude des structures sociales, remarquait Raymond Aron, si l'on voulait bien se souvenir que la manière dont les hommes se sont combattus a toujours été aussi efficace pour déterminer la structure de la [...] société que la manière dont les hommes ont travaillé.» (Raymond Aron, « Une sociologie des relations internationales », Revue française de sociologie, 4, 1963, p. 311.)

L'étude de la guerre et de l'armée a d'ailleurs été associée à des temps forts du développement des sciences sociales (Sur les origines et le développement de la sociologie militaire aux États-Unis, Bernard Boëne, Conditions d'émergence et de développement d'une sociologie spécialisée : le cas de la sociologie militaire aux États-Unis, thèse pour l'obtention du doctorat d'État ès Lettres et sciences humaines, Université Paris V, 1995 (3 vol.). Deux exemples célèbres en constituent la meilleure illustration. En 1926, le politiste Charles Merriam lançait à l'université de Chicago un vaste projet de recherche interdisciplinaire sur les causes des guerres, dont l'un des axes concernait les sources internationales de déséquilibres et de tensions. Sous la direction de Quincy Wright, alors professeur de droit international et qui allait bientôt s'orienter vers la science politique, 66 études, dont 10 ouvrages publiés, 23 thèses de doctorat et 22 mémoires de maîtrise, allaient constituer le produit de cet effort collectif entre 1928 et 1941. Wright lui-même publiait en 1942 A Study of War, la synthèse, en deux gros volumes, de ces travaux (Quincy Wright, A Study of War (1re éd. 1942), Chicago, The University of Chicago Press, 1983). Cet ouvrage demeure l'une des contributions les plus significatives à l'étude des conflits armés et des dynamiques de la politique internationale. De plus, le Causes of War Project a permis la formation de nombreux politistes qui se spécialiseront dans l'étude des relations internationales et des questions de sécurité, comme William T. R. Fox, Bernard Brodie, ou Frederick Schuman. Cette recherche foisonnante, issue d'un réel effort interdisciplinaire, soulignait qu'une meilleure organisation de la politique mondiale permettrait d'éviter le déclenchement de certaines guerres.

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Россия в меняющейся системе международной безопасности, МГУ им. Ломоносова                                                 ©2005 Хохлов Игорь Игоревич